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Collèges de Clinique Psychanalytique

Thème de l'année

Parole et violence

Que la parole soit le propre de la psychanalyse, personne ne le contestera, tout le monde s’accordera par contre à dire que la violence n’est pas un concept psychanalytique. C’est dans d’autres champs tels que la philosophie, l’anthropologie, la sociologie ou l’histoire que se trouvent les références sur la problématique du pouvoir et de la domination.

Si la violence fait appel au social, la psychanalyse, elle, la situe en tant que symptôme qui répond à un impossible à supporter pour le parlêtre, le symptôme comme contestation ou suppléance à ce réel propre à l’humain : « Il n’y a pas de rapport sexuel ».

La psychanalyse ouvre la dimension subjective de la violence qui interpelle simultanément le sujet − qui présuppose l’Autre − ses modalités de jouissance et le lien social ; comme nous dit Freud « La psychologie individuelle est aussi d’emblée et simultanément, une psychologie sociale ».

La psychanalyse peut donc éclairer la violence, ses causes, ses déterminations mais dans les limites de sa logique propre ; avec Lacan, nous disons qu’il n’y a pas de jouissance sans langage [1], qu’il n’existe pas de réalité prédiscursive, la violence structurellement est liée au lien social.

Freud, dans Malaise dans la civilisation, est confronté à une dichotomie entre d’un côté, la violence comme simple prolongement de l’animalité partagée de l’homme et de l’autre, la violence comme phénomène intrinsèque, résultat de la dénaturalisation de l’homme par la culture. Malaise tente un nouage entre éthique, clinique et politique et dévoile un point spécifique du parlêtre qui est que, via la parole, le rapport aux autres êtres humains produit de la souffrance. Paradoxe dévoilé par Freud, la civilisation que les hommes construisent pour remédier à la souffrance s’avère être à l’origine de violences aussi irréductibles que celle qu’elle se propose d’éradiquer.

Dans cette perspective de substitution du droit à la force brute, Freud introduit la notion de violence comme un reste irréductible, un exercice non réglable de la force pour posséder, soumettre ou détruire. Tout du réel ne peut pas passer au symbolique, il y a un reste nécessaire. Freud pronostique le désordre. Dans l’« Au-delà du principe du plaisir » il dira que le renoncement pulsionnel de l’homme lui fait violence. Il situe la violence comme le retour de ce à quoi l’humanité a du logiquement renoncer mais il nous apprend également que la parole, qui fait le symptôme et qui fait violence à l’individu, peut guérir dans le lien analytique par la rencontre avec le désir de l’analyste, passage pour l’analysant par ce grand Autre, lieu du langage, où il s’est constitué.

Pour vivre dans le collectif, le sujet s’est fait violence. Nous pouvons conclure à une violence instituante qui désigne un point de la structure, ni ordre ni désordre, point de l’exception d’où émerge tout engagement vital. Finalement, la première violence pour l’être parlant n’est pas la pulsion, la première violence c’est l’antécédence de l’Autre. Le traumatisme est de devoir émerger du lieu de l’Autre qui parle avant la naissance du sujet et auquel on ne peut pas échapper. C’est la violence faite à la vie animale par l’Autre parlant. C’est une aliénation au signifiant et à la voix de l’Autre que tout humain rencontre dès l’origine et qui est productrice des symptômes.

La parole est le plus intime et le plus ex-time de l’être humain, elle est portée par la voix et se constitue en langage. Lacan, dès ses débuts, avec sa phrase « L’inconscient est structuré comme un langage » souligne la place fondatrice de la parole et du langage.

Avec Lacan, la question est donc pour nous en quoi le discours analytique est concerné et ce qu’il peut répondre.

[1] Lacan J, Le séminaire, livre XX, Encore, Paris, Seuil, 1975, p. 33.

Références bibliographiques

Concernant Freud sont indiquées les éditions courantes (il existe souvent des éditions de poche plus récentes). Tous les textes se trouvent aussi dans les « œuvres complètes » en français et dans des éditions électroniques. En ce qui concerne Lacan sont indiquées les éditions du Seuil, sauf pour la Conférence à Baltimore.

FREUD Sigmund
« Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle (L’Homme aux rats) », 1909, Cinq Psychanalyses, Paris, PUF, 1975, p. 199-253.
« Actuelles sur la guerre et la mort » in Actuelles sur la guerre et la mort, et autres textes, 1915, Paris, PUF, Quadrige, 2012, p. 1-33.
« Nous et la mort », ibidem, p. 33-49.
« Pourquoi la guerre ? Correspondance avec Einstein », 1933, ibidem, p. 56-75.
« Criminels par conscience de culpabilité », 1915, Œuvres complètes, Paris, PUF, 2002, tome XV, p. 38-40.
« Morale sexuelle civilisée et la nervosité moderne », 1908, La Vie sexuelle, Paris, PUF, p. 26-46.
« Pulsion et destin des pulsions », 1915, Métapsychologie, Gallimard, Idées, p. 11-44.
Psychologie des masses et analyse du moi, 1921, Paris, PUF, Quadrige, 2010, particulièrement chapitre VII (Identification), IX et X.
Le Malaise dans la culture, 1930, Paris, PUF, Quadrige, 2015 (Particulièrement chap. VII : surmoi).
« Contribution à la discussion sur le suicide », 1910, Résultats, Idées, Problèmes, tome 1, Paris, PUF, 1984, p. 131-132.
« Introduction à la psychanalyse des névroses de guerre » (1919), ibidem, p. 243.
« Ephémère destinée », 1915, ibidem, p. 233.
« Dostoïevski et le parricide », 1928, Résultats, Idées, Problèmes, tome 2, Paris, PUF, p. 162-180.
« Actions compulsionnelles et exercices religieux », 1907, in Névrose, Psychose et Perversions, Paris, PUF, 1973, p. 133-142.
« Sur la psychogénèse d’un cas d’homosexualité féminine », 1920, ibidem, p. 245-270.
« Le problème économique du masochisme », 1924, ibidem, p. 287-297.
« un enfant est battu », 1919, ibidem, p. 219.
« Au-delà du principe de plaisir », 1920, Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1979, p. 7-82.
« Le moi et le ça », 1923, ibidem, p 177-234, 3e partie (moi, surmoi...) et 4e partie.
Naissance de la psychanalyse, Paris, PUF, 2009 : proton pseudos et autres textes sur le trauma
Les cinq psychanalyses, Paris, PUF, 1993
L’homme Moïse et la religion monothéiste, 1939, Paris, Gallimard.
L’avenir d’une illusion, PUF, Collection quadrige, 2013, Paris.
LACAN Jacques
De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité (1932), Paris, Seuil-Points, 1980, 2e partie le « cas Aimée » (passage à l’acte).
« Motifs du crime paranoïaque : le crime des « sœurs Papin », ibidem, 1933, p. 396.
- Ecrits
« Au-delà du principe de réalité », p. 73-92.
« Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je », p. 93-100.
« L'agressivité en psychanalyse », p. 101-124.
« Introduction théorique aux fonctions de la psychanalyse en criminologie », p. 125-149.
« Propos sur la causalité psychique », p. 151-193
« Fonction et champ de la parole et du langage », p. 237-322.
« Introduction au commentaire de Jean Hyppolite sur la “Verneinung” de Freud », p. 369-380.
« La direction de la cure et les principes de son pouvoir », p. 585-645.
« Kant avec Sade », p. 765-790.
« Subversion du sujet et dialectique du désir », p. 808.
« Variantes de la cure-type », p. 323-362.
« D'une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose », p. 531-583.
- Autres écrits
« Prémisses à tout développement possible de la criminologie », p. 121.
« Introduction à l'édition en langue allemande des Écrits », p. 553-559.
« Radiophonie », question V, p. 431-440, p. 127.
« L’Étourdit », p. 449 (ou Scilicet 4).
« Télévision », question V, p. 529-534.
- Conférences
Communication et discussions faite au Symposium international du John Hopkins center à Baltimore, 21 octobre 1966, inédit, site de l’Ecole Lacanienne de Psychanalyse, Lacan - pas tout Lacan, lien : http://ecole-lacanienne.net/wp-content/uploads/2016/04/1966-10-21.pdf
La troisième, lien : http://www.valas.fr
La conférence sur le symptôme à Genève, lien : http://aejcpp. free.fr/lacan
- Le Séminaire 
Le Séminaire, livre I, Les Écrits techniques de Freud, Paris, Seuil, 1975, sur la notion d’acte et de parole, p. 126-127, 254, 264, 272, 289-294.
Le Séminaire, livre V, Les Formations de l'inconscient, Paris, Seuil, 1998 : leçons XXVII (Agressivité chez l’obsessionnel), XVIII.
Le Séminaire, livre VII, L'Éthique de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1986 : le problème de la sublimation dans les leçons VII, VIII, I, et le paradoxe de la jouissance dans les leçons XII, XIV, XV, XVI XVII et XVIII.
Le Séminaire, livre X, L’Angoisse, Paris, Seuil, 2004 : leçons VIII, IX (passage à l’acte et acting out) et XXIII (chap 3).
Le Séminaire, livre XI, Les Quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1973 : leçon XIV.
Le Séminaire, livre XVII, L'Envers de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1991 : leçons I, II (tyrannie du savoir), III, IV (4e partie), V (jouissance de la chatouille à la flambée d'essence), VII (impératif catégorique, p. 119-121), VIII (chap. 1 et 2, castration, meurtre du père).
Le Séminaire, livre XX, Encore, Paris, Seuil, 1975 : leçons VIII, IX et X, XI (p. 110, 132-133 sur la haine).
Ouvrages collectifs de psychanalyse
« Liaisons et déliaisons selon la clinique psychanalytique », Revue Champ lacanien, N° 19.
« Haine et violence : questions pour la psychanalyse ? », Mensuel de l’EPFCL, no 104, p. 25-64.
« Traumatismes, cause et suites », Actes des journées de l’EPFCL, décembre 2004.
« Haine et violence : questions pour la psychanalyse ? », Actes de la journée d’étude du pôle 5, Rodez, 2015.
Benslama F. (sous la direction de), L’Idéal et la cruauté – Subjectivité et politique de la radicalisation, éditions lignes, 2016.
Christien-Prouet C. (sous la direction de), Effraction de la pudeur : Quand la violence politique fait ravage, Toulouse, Érès, 2016.
Autres références psychanalytiques (par auteur)
Aichorn A, Jeunesse à l’abandon, 1925, Toulouse, Privat, 1973.
Alexander F., Staub H., Le criminel et ses juges, 1928, Paris, Gallimard, 1938, Collection psychologie.
Askofaré S., Sauret M.-J., « Clinique de la violence. Recherche psychanalytique », Psychopathologie du travail, Cliniques Méditerranéennes, no 66, 2002, p. 241-260.
Aulagnier P. , La violence de l’interprétation, Du pictogramme à l’énoncé, Paris, PUF, 1986.
Benslama F., « Un furieux désir de sacrifice », Le Surmusulman, Paris, Seuil, 2016, ou Essais points, 2018.
Bergeret J., La violence fondamentale, Paris, Dunod, 1984.
Ferenczi S., « réflexion sur le traumatisme », Psychanalyse IV et autres textes sur le traumatisme, Payot éd.
Hirigoyen M.-F., Le harcèlement moral : La violence perverse au quotidien, Ed. La Découverte, Paris, 1999.
Julien P. , L’étrange jouissance du prochain. Éthique et psychanalyse, Seuil, 1995.
Soler C. , « Lalangue, traumatique », dans Revue des Collèges de Clinique psychanalytique du Champ Lacanien n°7 - Trauma et fantasme, mars 2008.
Winnicott D. W. 1975. « La crainte de l’effondrement », Nouvelle Revue de Psychanalyse, 11, Paris, puf.
Winnicott D. W. 1971. Jeu et réalité, Paris, Gallimard, 1975.
Références Philosophiques
Adorno Th. W., Modèles critiques, Paris, Payot, 2003.
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Arendt H., « Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal », Les Origines du totalitarisme, Paris, Quarto Gallimard, 2002, p. 1015-1305.
Arendt H., Du mensonge à la violence : Essais de politique contemporaine, 1969-72, Paris, Pocket, 2002.
Arendt H., La crise de la culture, Paris, Gallimard, 1972.
Benjamin W., « Critique de la violence », Œuvres I, Folio, p. 210-243
Blanchot M., L’Entretien infini, Gallimard, 1942
Derrida J., L’écriture et la différence, Paris, Le Seuil, 1967.
Engels F., Le Rôle de la violence dans l’histoire, (1887-1888), Paris, Éditions sociales, 1976.
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Gracian B. : « Le précipice de la vie », Le Criticon, tome 1, Éditions Allia.
Le Goff J.-P. , La barbarie douce, Ed. La Découverte, Paris, 1999.
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Nietzsche F. W., Ainsi parlait Zarathoustra (1885), GF Flammarion, 1996.
Searles H., L’effort pour rendre l’autre fou, Gallimard, Paris, 1977.
Sibertin–Blanc G. (sous la direction de), Violences, anthropologie, politique, philosophie, Euro Philosophie Éditions, 2017, ou version téléchargeable.