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Cas d'urgence

par Jacques Tréhot

« Cas d’urgence » peut être entendu comme la formule de Lacan pour qualifier chaque analysant en souffrance. Ce pléonasme ne serait que l’euphémisme d’une question de vie ou de mort, qui, selon nous, est la condition d’une psychanalyse. En effet chaque analysant n’est-il pas plus ou moins anxieusement en attente de mettre fin au tourment de son symptôme? Pour Lacan, le “mirage de la vérité”, autrement dit le fantasme de chacun, ne peut se terminer qu’à la satisfaction qui clôt l’analyse.

Il semble qu’un écrit freudien préfigure l’assertion de Lacan selon laquelle la satisfaction doit marquer la fin de l’analyse. En effet, Freud parle d’« urgence » dès l’Esquisse d’une psychologie. C’est ainsi qu’on a coutume de traduire le mot Not [nécessité] dans l'expression « Urgence de la vie ». Selon lui, cette urgence de la vie « contraint le système nerveux à abandonner sa tendance originaire à l’inertie », c’est à dire le “processus primaire” où, pourrait-on dire, les signifiants copulent. Cet abandon profite nécessairement au “processus secondaire“, autrement dit à l’urgence de penser, à partir des « idées incidentes » mêmes.

Freud lie cette urgence à la satisfaction car celui ou celle qui porte secours au nourrisson en détresse, en lui donnant le sein (ou le biberon), crée cette expérience de satisfaction. Laquelle a des conséquences primordiales pour la construction du sujet. Aussi peut-on avancer aujourd’hui que ce processus s’applique à l’objet a, au manque, à la libido, inhérents à la proximité de l’objet sexuel. Il s’agirait donc de la « réalité sexuelle de l’inconscient » la plus triviale qui prend les traits du partenaire.

Cet algorithme servirait ainsi l’ouverture de l’entendement, soient les “résons” du sujet. Car cette compréhension se réalise par le truchement du Logos. En effet c’est le langage qui lui permet de forger pour la vie “salangue” d’amour, de sorte à suppléer à ce qu’il est devenu ritournelle d’appeler le « non rapport sexuel ».

Références bibliographiques

FREUD Sigmund
« Esquisse d’une psychologie scientifique » 1895, IIe partie, « Psychopathologie, Le proton pseudos hystérique », Naissance de la psychanalyse, Paris, PUF, 1956, 7e éd. 1996, p. 363-369.
« Au-delà du principe de plaisir » (1920), Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 2001.
« L’homme aux loups » (1918), Cinq psychanalyses, Paris, PUF, 1982.
« Névrose et psychose », (1924), « La perte de la réalité dans la névrose et la psychose », (1924), Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF, 1981.
« L’inquiétante étrangeté » (1919), Essais de psychanalyse appliquée, Paris, Idées Gallimard, 1982.
Le Malaise dans la culture (1929), Paris, PUF, coll. Quadrige, 1995.
« Mes vues sur le rôle de la sexualité dans l’étiologie des névroses »(1905) Résultats, idées, problèmes I, Paris, PUF, 2007.
« L’analyse avec fin et l’analyse sans fin » (1937), Résultats, idées, problèmes II, Paris, PUF, 1985.
LACAN Jacques
- Ecrits, Paris, Seuil, 1966
« Le temps logique et l'assertion de certitude anticipée », p. 197-201.
« Du sujet enfin en question », p. 229-236.
« D'une question préliminaire à tout traitement de la psychose », p. 531-583.
- Autres écrits,Paris, Seuil, 2001
« Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’École », p. 243-259.
« L'Acte psychanalytique », p. 375-383.
« Préface à l'édition anglaise du Séminaire XI », p. 571-573.
« Radiophonie », p. 428, p. 433, p. 446.
« L’Etourdit », p. 486.
« Télévision, Question III », p. 517-520.
- Le Séminaire 
Livre VII, L’Éthique de la psychanalyse (1959-1960), Paris, Seuil, 1986. Les leçons sur « das ding » p 55-86.
Livre X, L'Angoisse (1962-1963), Paris, Seuil, 2004. « L’angoisse, signal du réel », p. 185-198.
Livre XI, Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse (1964), Paris, Seuil, 1973. « Tuché et automaton », p 53-62.
Livre XXIII, Le Sinthome, Paris, Seuil, 2005, leçon du 16 décembre 1976.
Livre XXV, « Le moment de conclure » (1977-1978), inédit.
Livre XXVI, « La topologie et le temps » (1978-1979), inédit.
- Autres textes
« La Troisième », Rome, 1er novembre 1974.
« Ouverture de la Section clinique », Ornicar n°9, Navarin, Paris, 1977.
Autres références
BOUSSEYROUX Michel « Répondre des cas d’urgence », Lacan le Borroméen – Creuser le nœud, Toulouse, Érès, coll. Point hors ligne, 2014, p. 17-20.
BOUSSEYROUX Michel, « Le temps presse », Au risque de la topologie et de la poésie – Élargir la psychanalyse, Toulouse, Érès, coll. Point hors ligne, 2011, p. 260-283.
IZCOVICH Luis, La parole, ses limites et son au-delà, Paris, Stilus, coll. Nouages, 2020.
IZCOVICH Luis, Les marques d’une psychanalyse, Stilus, coll. Nouages, 2015, plus précisément les chapitres « Le temps et l’inconscient » et « La hâte et la sortie ».
LATOUR Marie-José, Lire ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire – Autour de l’œuvre de Philippe Forest, articles et entretiens, Paris, ENCL, coll. ... In progress, 2020.
NOMINÉ Bernard, Le présent du présent – Étude psychanalytique sur le temps, Paris, ENCL, coll. Cliniques, 2020.
SOLER Colette, Avènements du réel, de l’angoisse au symptôme, Paris, Éditions du Champ lacanien, 2016.
« Les temps du sujet de l'inconscient », Hétérité n°7, Revue IF-EPFCL, 2009.
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  • www.cliniquepsychanalytique.fr