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Thème de l'année

Les symptômes au temps du transfert

« Le transfert est une relation essentiellement liée au temps et à son maniement. »

Lacan J., « Position de l’inconscient », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 844.

Des symptômes dont on souffre au symptôme comme solution, il aura fallu le temps d’une psychanalyse. Non sans l’efficace du transfert. N’en déplaise à l’air du temps qui privilégie la parole non adressée et l’expert anonyme, facilement substituable.

Toutefois, contrairement à l’acting out, qui est appel demandant interprétation, le symptôme peut perdurer dans sa bruyante solitude. Il est jouissance, remarque Lacan, et n’est pas d’emblée adresse à l’Autre. Il ne se rendra pas, sinon docile, tout au moins favorable à l’interprétation sans qu’un acte ne soit posé. L’interprétation du symptôme ne sera possible qu’à la condition que s’y ajoute le transfert.

Ainsi au commencement, aura été le transfert. Néanmoins, celui-ci n’a pas besoin de l’analyse pour exister, c’est ce que montre justement l’acting out, qui est transfert sans analyse, « transfert sauvage », dit Lacan. La question sera alors de le « domestiquer » pour qu’il entre dans le discours analytique.

Une psychanalyse sera, finalement, ce qui conjoint, temporairement le symptôme et le transfert. Car si le transfert est de l’amour, un amour véritable (eine echte Liebe) comme dit Freud, c’est un amour qui ne vise pas au « pour toujours ». Notre abord du transfert dépendra de la conception que l’on a de la fin d’une cure analytique.

Freud a su tenir sa place là où Breuer s’est dérobé. Cela n’est pas allé sans quelques faux pas lorsqu’il trébuche sur l’écueil de ses préjugés, comme en témoigne sa rencontre avec Dora. Il fera du transfert la répétition des amours infantiles, là où Lacan disjoindra, radicalement, répétition et transfert. L’un comme l’autre s’avanceront dans leurs conceptions des symptômes et du transfert selon celle qu’ils se font de l’inconscient. Finalement, le transfert est bien de l’amour, mais un amour qui s’adresse au savoir.

D’emblée, Lacan reprend les avancées freudiennes à l’aune des trois dimensions de l’être parlant : réel, symbolique et imaginaire. Pris au niveau phénoménologique, le transfert est « un phénomène où sont inclus ensemble le sujet et le psychanalyste ». Lacan ne néglige pas la place de l’analyste. S’il est critique à l’égard du contre-transfert, ce que certains lui reprochent, à tort, c’est pour le remettre plutôt à sa place. Il ôte le masque imaginaire du contre-transfert pour en désigner son point de réel. L’analyse n’est pas une relation intersubjective. Les élaborations des post-freudiens autour du contre-transfert viennent cacher la place du désir. Notamment du désir du psychanalyste sans quoi une cure n’est pas opérante. On relira avec profit le commentaire que fait Lacan, dans son séminaire sur l’angoisse, de l’article de Lucia Tower.

Nous n’oublierons pas non plus d’examiner la remarque de Lacan à la fin de sa « Question préliminaire ». Pour qu’un traitement analytique de la psychose soit possible, plutôt que de choisir la voie du déchiffrage (propre à la névrose), il s’agira de se faire une juste conception du maniement du transfert.

Alors au lieu de sombrer dans la plainte sur ces patients qui ne sont plus, aujourd’hui, comme ils furent, hier, demandons-nous plutôt ce que le clinicien doit continuer à être pour qu’il puisse agir conformément à son acte. Questionnons-nous sur ce qu’il lui reste de manœuvre, dans les offres bureaucratiques du monde contemporain, pour que le symptôme soit entendu comme il se doit.

En bref, même s’il ne rentre pas dans les cases des contrôles de la démarche qualité, ne soyons pas négligents avec l’inconscient.

Références bibliographiques

FREUD Sigmund
« Traitement psychique », Résultats, idées, problèmes I, Paris, PUF.
Psychopathologie de la vie quotidienne, Paris, Payot.
La Technique psychanalytique, chapitres II (« De la psychothérapie »), VI (« La dynamique du transfert »), IX (« Le début du traitement »), X (« Remémoration, répétition et perlaboration »), XI (« Observations sur l'amour de transfert »), Paris, PUF.
Cinq Psychanalyses, « Fragment d'une analyse d'hystérie », « Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle », Paris, PUF.
« Pour introduire le narcissisme », La Vie sexuelle, Paris, PUF.
Conférences d'introduction à la psychanalyse, chapitres XII, XXIII, XXVII, XXVIII, Paris, Gallimard.
« Sur la psychogenèse d'un cas d'homosexualité féminine », Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF.
Inhibition, symptôme et angoisse, Paris, PUF, Quadrige.
Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse, Paris, Gallimard.
« Psychanalyse et théorie de la libido », Résultats, idées, problèmes II, Paris, PUF.
« L'analyse avec fin et l'analyse sans fin », Résultats, idées, problèmes II, Paris, PUF.
« Constructions dans l'analyse », Résultats, idées, problèmes II, Paris, PUF.
« Sur la psychologie du lycéen », Tr. fr., Œuvres complètes, t. XII. Paris, PUF, 2005, p. 331-337 et Résultats, Idées, Problèmes, I, Paris, PUF.
LACAN Jacques
- Ecrits, Paris, Seuil, 1966
« De nos antécédents », p. 65-72.
« Intervention sur le transfert », p. 215-226.
« Du sujet enfin en question », p. 229-236.
« L’instance de la lettre dans l’inconscient ou la raison depuis Freud », p. 493-528.
« D'une question préliminaire à tout traitement de la psychose », p. 531-583.
« La direction de la cure et les principes de son pouvoir », p. 585-645 (et spécialement le chapitre III : « Où en est-on avec le transfert ? »).
« Subversion du sujet et dialectique du désir dans l'inconscient freudien », p. 793-827.
« Position de l'inconscient », p. 829-850.
- Autres écrits,Paris, Seuil, 2001.
« Petit discours à l’ORTF », 6 décembre 1966, p. 221
« Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’École », p. 243-259.
« Allocution sur l’enseignement » prononcée le 19 avril 1970, p. 297.
« La méprise du sujet-supposé-savoir », p. 329-339.
« Allocution sur les psychoses de l'enfant », p. 361-371.
« Note sur l'enfant », p. 373-374.
« L'Acte psychanalytique », p. 375-383.
« Joyce le Symptôme », p. 565-570.
« Préface à l'édition anglaise du Séminaire XI », p. 571-573.
- Conférences
« La Troisième », Rome, 1er novembre 1974.
« Conférence à Genève sur le symptôme », 4 octobre 1975.
« Conférences dans les universités nord-américaines », Scilicet, n° 6-7, Paris, Seuil, p. 15.
- Le Séminaire 
Livre I, Les Écrits techniques de Freud, chapitres IV, V, VIII, XIV, XV, XVIII, XIX. Paris, Seuil, 1975.
Livre II, Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1978.
Livre III, Les Psychoses, Paris, Seuil, 1981.
Livre V, Les Formations de l'inconscient, chapitres XVIII, XX, XXII, XXIV, XXVI, XXVII. Paris, Seuil, 1998.
Livre VIII, Le Transfert, chapitres XII XIII XVI XVII XXVI, Paris, Seuil, 1991.
Livre X, L'Angoisse, chapitres VIII, IX, X, XI, XIV, XV, XXI, Paris, Seuil, 2004.
Livre XI, Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse, chapitres X, XI, XVIII, XIX, XX, Paris, Seuil, 1973.
Livre XV, « L'Acte psychanalytique », inédit.
Livre XXII, « RSI », inédit, leçons du 10 décembre 1974 et du 25 janvier 1975.
Livre XXIII, Le Sinthome, Paris, Seuil, 2005, leçon du 16 décembre 1976.
Autres références
Colette Soler : « Les Symptômes de transfert », Cours 1999.
    « Le Symptôme et l'Analyste », Cours 2004-2005.
    « Avènements du réel, de l'angoisse au symptôme », Cours 2015-2016.
    « L'amour qui s'adresse au savoir », Revue des Collèges Cliniques du Champ     (RCCCL), n° 12, « Qu'est-ce qui fait lien ? », Paris, Hermann, 2013.
 
« Que faisons-nous des symptômes ? », Revue des Collèges Cliniques du Champ Lacanien (RCCCL), n° 5, Paris, Hermann, 2006.
« La répétition à l'épreuve du transfert », Revue des Collèges Cliniques du Champ Lacanien (RCCCL), n°10, Paris, Hermann, 2011.
Le Cahiers du stage, Revue du collège clinique de Bourgogne – Franche-Comté, n° 4, 5, 7 et 8.
Daniel Pennac, Chagrins d’école, Paris, Gallimard, 2007.
Martine Menès, L’Enfant et le Savoir – D’où vient le désir d’apprendre, Paris, Seuil, 2012.
Martine Menès, « La “névrose infantile” : un trauma bénéfique », Rééd. Revue, Paris, éd. Nouvelles du Champ lacanien, 2019.
Frédéric Pellion, « L’inconscient, une “puissance de refus”
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